mardi 29 novembre 2016

Remonter la pente




Bernadette – Tour de Lespes

Bernadette a passé 52 ans de vie commune avec son mari. Il est décédé il y aura un an le 5 janvier prochain. Il était à la retraite depuis 2000 et il s’est mis à la généalogie avec passion. Toutes ses recherches accumulées sont dans l’armoire et Bernadette ne peut pas y toucher. C’est un empire de papiers ! De voir tout ce travail la rend triste. Elle se demande si cette obsession ne l’a pas rendu malade. Dès le premier jour de sa retraite il est devenu accro à la recherche généalogique. Il s’était transformé en véritable détective et Bernadette l’aidait. Ils partaient ensemble pour ses recherches, à droite à gauche. Il sortait tous les jours  pour aller aux archives lire des microfilms.
Maintenant Bernadette est seule et le soir elle s’ennuie mais elle a remonté la pente assez facilement. Elle s’est raisonnée. Elle vit pour sa fille et ses petits enfants qui sont à Carcasonne.
Sa voisine de palier a perdu son mari il y a 10 ans. Elles ont toujours été soudées et elles se connaissent depuis 50 ans. Bernadette pense qu’elle ne pourra pas l’entraîner dans une relation avec moi car elle est très discrète. Simone en haut c’est pareil. Elle a un copain et va jouer aux boules.
Dans la maison, Bernadette a toujours tout fait : les courses, le ménage, la paperasse. Souvent son mari disait « Il vaut mieux que ce soit moi qui parte le premier ». Ils étaient un couple avec des hauts et des bas. Il avait du caractère. Elle, elle laissait passer.
Bernadette est née à Parentis, son mari à Beaugency dans le Val de Loire. Lui, il aimait la haute lande alors ils se sont installés à Dax. Elle a travaillé aux chaussures BCD, ex CHAUSSURES DACQUOISES. L’usine appartenait à Monsieur Clément, adjoint au Maire Max Morras. Sous Giscard en 1976, les employés ont été licenciés, et Bernadette a occupé l’usine avec ses collègues pendant 15 jours et 15 nuits.
Elle est dans cet appartement depuis 1968, c’était neuf et il fallait que les appartements se remplissent aussi ils n’ont pas eu trop de mal à l’obtenir. Bernadette avait une cousine germaine qui connaissait bien Maître Gizard et elle lui en avait touché un mot. A l’époque les locataires étaient des gens bien. Sa fille voudrait  qu’elle parte d’ici mais ce serait dur pour elle. L’appartement est bien conçu avec un grand balcon et deux chambres. Au 7eme étage la vue est magnifique. Ce qu’elle aime ici c’est que c’est la ville à la campagne. L’été elle met la table et le parasol sur le balcon et elle en profite.

Tous les samedis matin Bernadette se lève à 5h30 pour aller au marché. Elle part à 6h40 pour y être à 7h00. Elle gare sa voiture à Chanzy, toujours à la même place. A cette heure là il n’y a pas grand monde sur le marché pour discuter. A 8h15, elle est revenue avec le pain frais qu’elle fait griller pour son petit déjeuner accompagné de beurre et de confiture.  

Tranquilité




René et Myriam – Résidence Les Tonneliers

René se rase assis à la table de la salle à manger parce qu’il ne peut pas rester debout à cause de ses lombaires. Il a eu des hernies discales et s’est fait opéré du cœur 2 fois. Changement d’une valve, contrôle et retour à Haut-Levêque ! Il y avait de l’eau autour du cœur. Ils l’ont complètement haché. Deux anesthésies dans la semaine lui ont fait perdre la tête. Ils ont même été obligés de l’attacher au lit. René s’en est sorti. Il a perdu le nerf sciatique de la jambe gauche qui est complètement naze aussi il marche avec un déambulateur. Il dit avec humour que sa jambe est partie au cimetière.
Dans la maison c’est lui qui commande, ce n’est pas le chien. Il a aboyé toute la nuit, il mange trop de cochonneries. Hier il a passé 2 heures sur le balcon à attendre Myriam, il a attrapé froid.
Depuis 2014, René attend que le bailleur refasse les façades et l’isolation de la résidence. L’appartement est très humide. René et sa compagne Myriam habitent la Résidence des Tonneliers depuis 8 ans, avant ils étaient rue Chanzy. Il était gardien de la résidence STUDIOS FOCH et madame était concierge. Ils y sont restés 5 ans. C’est là qu’il s’est bousillé le dos et elle toute seule ne pouvait pas tout faire, alors ils ont été obligés de partir. Ils achetaient des fleurs et égaillaient les espaces verts. Ils avaient un balcon magnifique plein de géraniums. C’est dommage qu’il n’ait pas de photo. En fait, la pellicule est toujours dans l’appareil, depuis le temps. C’est un appareil photo argentique, un Olympus, une bonne marque.
René et Myriam ont bataillé pour obtenir cet appartement. L’office HLM voulait les mettre au 7eme étage d’une des tours de LESPES mais pas question car les ascenseurs tombent souvent en panne. Ils ont demandé à avoir un petit pavillon pour être plus tranquilles. Ici, ils ne peuvent même pas se mettre sur le balcon pour prendre les repas, les gens passent presque au raz de la table. Ils sont en train de manger et les gens regardent dans leur assiette.
Myriam va faire ses courses au Leader Price presque tous les matins puis elle va promener Tao. Le coiffeur et le toiletteur pour chien viennent à domicile. C’est pas plus cher et c’est pratique.
Ils ne reçoivent jamais personne. Avec les voisins c’est juste bonjour, bonsoir. Ils aiment leur tranquillité sinon ça fait des histoires. Chacun chez soi mais si quelqu’un a besoin d’eux, ils sont là !

Tous les soirs René et Myriam regardent « Plus belle la vie ». Myriam a longtemps regardé « Les feux de l’amour » mais maintenant ça l’énerve, c’est toujours les mêmes histoires. La femme de Victor qui boit, qui cache les bouteilles, qui divorce puis se remarie avec lui. Ils se sont remariés 3 ou 4 fois... La vieille Chancelor est morte il y a un an mais elle est toujours dans le feuilleton.

vendredi 18 novembre 2016

Voltigeuse



Nathalie –Résidence Les Tonneliers

Nathalie a pris un chat pour le sommeil et c’est efficace. Le ronronnement l’apaise et grâce à Mystic elle dort beaucoup mieux. Quand elle a mal à l’épaule, le chat s’y met dessus pour la réchauffer.
Elle est originaire de Dax, du quartier de Berre et est arrivée au Sablar machinalement. Avant elle habitait avenue Saint-Vincent de Paul et a fait une demande aux HLM pour un appartement dans la résidence. Elle est à 5mn de son travail.
Nathalie est conductrice de cars à la société RDTL. Elle fait le bus de ville, les scolaires, les navettes, le service à la demande, les voyages organisés dans toutes les landes et au-delà pour amener des groupes. Dans l’entreprise, elle est ce qu’ils appellent une voltigeuse, c’est à dire qu’elle passe d’un service à l’autre pour des remplacements. Elle aime être voltigeuse car ainsi elle ne s’ennuie pas et rencontre toujours des gens différents. Elle voyage et découvre de nouveaux endroits comme quand elle amène des gens à la montagne. L’autre jour elle a découvert le Pic d’Ossau.
Avant d’être chauffeur de car, Nathalie a fait plein de boulots : cuistot, boulangère, livreuse de pain.
Elle n’aime pas rester sans rien faire, ça la fatigue.
Depuis l’année dernière, elle s’est engagée dans l’association les POTS EN VILLE qui a pour but de mettre en place des bacs dans le quartier pour y planter des légumes, des fleurs, des plantes aromatiques. En principe l’association doit regrouper le maximum d’habitants autour des plantations et du jardinage dans les bacs  mais c’est très difficile d’amener les gens à s’impliquer. Ils ne se sentent pas trop concernés et c’est un peu décevant.  


Toujours là



Jean – Rue de l’Aiglon

Sa mère est née dans le quartier du Sablar et lui y a vu le jour il y a 90 ans, une paille !
Sa famille est du bas Sablar. Le bas Sablar c’est à partir du pont de l’Adour et tout le long de l’Adour. Le Sablar c’est du pont de l’Adour jusqu’à la Gare, avec l’avenue Saint-Vincent de Paul et l’avenue Georges Cholet. Jean a passé toute sa vie dans le quartier, il a toujours été là. Avant, il habitait avec ses parents une vieille maison au bord de l’Adour. Lors des grandes inondations de 1952, l’eau est arrivée jusqu’au plafond de la cuisine et il y avait 1m50 d’eau dans toutes les rues du quartier. C’était le 6 février 1956, il avait 26 ans. Il habite le lotissement CASTEX, du nom du propriétaire de l’usine de plumes. Avant, c’était des braous (sorte de marécages). A cette époque, dans les années 50, il y avait le CAFE DE LA BOURSE, où se retrouvaient tous les industriels du bois de la région pour les échanges commerciaux, à sa place maintenant il y a l’immeuble LE GOYA. Il y avait aussi le COMPTOIR D’ESCOMPTE, l’usine de cire AKEONE, l’imprimerie CAZAUX, la SOCIETE MINIERE, la FONDERIE LESPES, les TUILERIES LASSERRE.
Jean n’y voit presque plus. Il a subi 9 opérations des yeux. Il est devenu dépendant et il doit toujours demander à quelqu’un pour qu’on l’amène. Il a deux aides ménagères. Il va avec elles faire ses courses au Leader Price, à côté. Il va jouer aux cartes avec son voisin Lucien à la salle des jonquilles tous les jeudis après-midi. Ils sont voisins depuis plus de 50 ans et veufs tous les deux. Leurs deux grandes maisons sont l’une en face de l’autre.
Jean a commencé à travailler dans la banque puis il est rentré aux CHAUSSURES DACQUOISES puis à l’usine de chaussures ROVAN, sur la route de Castets,  en tant que comptable. Il a fait sa vie dans la comptabilité. Il a pris sa retraite en 1988 et quelques mois après l’usine a fermé.
Il n’a pas eu d’enfant avec sa femme, ce n’est pas arrivé. Ils ont fêté leurs 50 ans de mariage en 2004. Elle est décédée d’une leucémie.
Jean a toujours pris la vie du bon côté. Pour lui tout va bien même si elle n’a pas été parfaite. Il a des soucis de santé mais il y fait face. Il faut bien. 


Travailler



Josette – rue des Vergnes.  

Josette habite le quartier du Sablar depuis 1991 et vit à Dax depuis 1951. Elle était seule avec quatre enfants et a dû attendre 10 ans pour avoir cette maison HLM. Pour elle, si vous n’êtes pas pistonné vous ne pouvez pas avoir de logement social. Son mari les a abandonnés pour une autre femme et le comble c’est que lorsqu’elle est arrivée rue des Vergnes avec ses enfants, lui il habitait juste en face, dans la même rue, avec sa copine. Les enfants n’allaient jamais voir leur père. Pendant longtemps, elle ne le voyait que le week-end pour lui laver son linge.
Comme elle était seule et sans aucune aide, il a bien fallu que Josette se débrouille. Quand elle a accouché de son dernier enfant à l’Hôpital de Dax en 1965, la mairie devait lui envoyer une assistante sociale, elle l’attend encore.
Josette a travaillé dur. Elle faisait les bureaux chez des avocats et  des notaires. Levée à 4 heures du matin pour embaucher à 4 heures et demi. Les gosses se débrouillaient tous seul avec l’ainée qui s’en occupait. Il fallait qu’ils se lèvent, déjeunent et que les lits soient fait au cordeau !
Après les ménages du matin, Josette embauchait à l’école à Saint-Vincent pour faire la cantine et la garderie, l’après-midi elle retournait faire des ménages. Elle n’arrêtait pas, il le fallait bien.
Ici, dans sa maison, elle est bien surtout qu’elle a un jardin. Elle vient de la campagne, de Montaut entre Mugron et Saint-Sever. Elle a été à l’école jusqu’à 14 ans, elle a débarqué à Dax toute jeune pour entrer  chez MORAS, un couple de bijoutiers. Elle faisait le ménage, le repassage, les courses, le magasin. Elle y est restée jusqu’à leur mort.
C’est là qu’elle est partie travailler au Richelieu, à la lingerie, cela n’a duré qu’un mois. Monsieur PRADIER, le  médecin lui a dit « Ce n’est pas pour vous ce travail, vous allez venir travailler chez moi », elle y est restée 18 ans.
Jusqu’à sa retraite, chaque été,  elle travaillait à la cuisine dans une colonie de vacances et quand ses enfants étaient jeunes elle les embarquait avec elle.
Tous les mercredis du 1er janvier au 31 décembre  elle va au cours de gym à l’ASPTT. Elle ne sait pas jouer aux cartes et ne peut pas faire d’activités manuelles car ses mains tremblent. Elle a vu des neurologues qui lui ont dit que ce n’était pas grave. La vieillesse sans doute ! Auguste, c’est son copain. Il l’aide un peu et bricole dans la maison. Ils se sont rencontrés aux Baléares il y a 17 ans. Depuis cette première rencontre ils ne se sont plus quittés. Il vit dans un mobile home à Salle, dans un camping et Josette y va l’été, c’est tout près de l’océan. Il y a exactement 102 kilomètres entre Dax et Salle.

jeudi 17 novembre 2016

Continuité



Chantale - rue des tuileries

Chantale est née chez Loustalot, dans une chambre de l’hôtel au dessus du restaurant. C’est tante Suzanne, la tante de Michel qui l’a fait naître. Sa mère travaillait chez Loustalot et y habitait avec elle. Son père était parti faire l’Indochine, puis l’Algérie. Elle a passé pratiquement toute son enfance chez Loustalot. C’était sa véritable famille, sa famille de cœur.  Dès qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas chez elle, elle partait se réfugier chez Loustalot. C’était son havre de paix. Elle a grandi avec Michel, avec sa sœur Danielle, avec le cousin Jojo, le fils de tante Suzanne. Entre Michel et Chantale il y avait  quelque chose de plus fort que  l’amitié. Michel était son protecteur. Il l’appelait la Gitane et dès qu’il la perdait de vue il la cherchait.
Michel est toujours resté là.  A l’âge de 16 ans, les parents de Chantale ont pris un café restaurant à Pau et elle est partie avec eux.  Ils n’avaient aucun moyen de communication à l’époque.
Elle a l’impression que son père a toujours tout fait pour la séparer des gens qu’elle aimait vraiment et donc de Michel et sa famille.  Il n’avait pas eu d’enfance heureuse, abandonné par leur mère avec ses frères et sœurs dans une caverne à la frontière espagnole. Jusqu’à son dernier souffle il a été froid et distant si bien que sur son lit de mort Chantale a remis dans sa poche les mots gentils qu’elle aurait voulu lui dire.

Michel s’est marié avec une femme du même acabit que Chantale : petite, blonde, mince ; sa réplique. Elle, elle est partie à droite à gauche. Elle s’est installée à Dieppe avec le père de son fils mais elle revenait toujours chez Loustalot pour manger et y dormir. Au fil des années il fallait toujours qu’ils se voient. Ils respectaient leurs conjoints respectifs mais étaient toujours très heureux de se retrouver. Quand Michel est devenu veuf, Chantale vivait seule, à Sète.  Chaque année, elle avait l’habitude de lui souhaiter son anniversaire. Elle l’appelait « mon petit frère ». L’année dernière elle lui a écrit sur facebook « Bon anniversaire petit frère ». Il a répondu et lui a demandé son numéro de téléphone. Il lui a téléphoné et lui a dit « Si je viens passer quelques jours de vacances vers chez toi, tu me reçois ? ». Elle lui a dit de venir et ils sont tombés dans les bras l’un de l’autre. Et depuis ils ne se sont plus quittés. Ils ont l’impression d’avoir toujours vécu ensemble,  comme si c’était une continuité.

S'élever



Georgette et Sauveur – Rue des Jonquilles

Georgette et Sauveur sont arrivés de Bourriot, à 50 km au nord de Mont de Marsan,  il y a quatre ans. C’était beau, il y avait la forêt tout autour de chez eux. Ils ont dû se rapprocher d’un hôpital pour Georgette qui est handicapée. Ils ont choisi Dax parce qu’ils avaient vécu durant près de 40 ans à la Cilof à Dax. Georgette a des prothèses de titane aux deux genoux. Elle a subi 21 opérations chirurgicales, la première à l’âge de 9 ans. Ce sont des épreuves qui lui ont été envoyées dans cette vie pour qu’elle s’élève et qu’elle élève les autres aussi.
Sauveur est là pour s’occuper du  corps humain de Georgette, pour prendre soin d’elle pendant qu’elle est occupée à d’autres choses. Elle s’élève en élevant les autres et elle demande à ses guides de l’aider. Des gens viennent à elle car d’instinct ils savent qu’elle peut les aider. Dans la famille de sa mère ils étaient tous un peu guérisseur. Toute petite elle tirait les cartes et disait l’avenir aux gens. Un jour son oncle est arrivé de Paris à Dax et là elle a appris qu’il était le magnétiseur de Claude François. Il l’a initié. Il lui a dit « De toutes façons je n’ai rien à t’apprendre, tu sais déjà tout ». Depuis, elle a fait son chemin avec ses guides qui lui ont indiqué qu’elle devait donner son savoir.
 Leur fils cadet, « celui qui ne voulait pas naître » disent-ils est passeur d’âmes. Georgette a fais trois fausses couches avant qu’il naisse « mort » avec 30 jours de retard. Au monitoring il fut diagnostiqué mort mais il a pu être réanimé et aujourd’hui c’est un grand gaillard.
Georgette et Sauveur sont ensemble depuis 1971. Ils se sont connus dans un bal près de Nice, c’était un 1er mai pour la fête des fraises.
Pourtant à l’époque Sauveur ne faisait pas confiance aux femmes et ne voulait pas se marier. Le 6 mai de l’année suivante ils se sont épousés.
Sauveur pratique les arts martiaux depuis 50 ans, le judo et le jujidsu qui lui ont appris à maîtriser l’énergie pour s’élever sur terre en tant qu’être humain. Le matin il prend l’énergie cosmique du ciel, le soir l’énergie  tellurique de la terre. Il n’a jamais eu à se battre car les gens savaient qu’il était maitre en art martial. Sur un même point tu peux donner la vie et tu peux donner la mort.   

Dans le quartier Sauveur rend énormément de services aux gens. Il bricole, répare, dépanne tout le monde si c’est dans ses cordes. L’autre jour Colette n’avait plus de chauffage, il l’a remis en route. Il fait ce qu’il peut. Il a pas mal d’outillage. Sauveur se sent mal quand il ne peut pas aider les autres. Tondre le gazon, réparer un miroir, installer une tringle, fabriquer des meubles… Il y a toujours un échange en retour… un gâteau, un repas. Il ne veut pas d’argent, il n’en a pas besoin. Est ce que l’argent va les enrichir ? 
En fait, Sauveur veut sauver le monde !  


mercredi 12 octobre 2016

Collègues



Colette - rue des Tulipes

Avant de venir ici dans une maison PLR avec son mari, Colette a habité à Lespes pendant 10 ans. Son mari avait fait 4 infarctus, le premier à 36 ans, aussi il leur fallait absolument une maison en rez-de-chaussée.
Elle a travaillé comme piqueuse à l’usine de chaussures REVAN, sur la route de Bordeaux qui l’a licenciée en 1984. Elle a été couturière et brodeuse  à Paris chez BALMAIN durant 20 ans avant de revenir en Chalosse pour s’occuper des ses parents.
Colette est bien dans sa maison et son quartier. L’enlever d’ici pour une maison de retraite, il n’en est pas question. De toutes façons avec 1250 euros de retraite par mois, elle n’en a pas les moyens. Sa fille est décédée il y a 2 ans au mois de juin. Elle devait aller vivre chez elle. Elles étaient très proches. Depuis des années et des années il y a des drames dans sa vie.
Colette a beaucoup d’amis et des collègues de scrabble et des chiffres et des lettres. Elle a participé à des tournois nationaux pendant plus de 20 ans. Elle n’aime pas dire copains, copines alors elle dit collègues.
Elle reste aussi fidèle à la salle des Jonquilles, pour jouer aux cartes, prendre un goûter, ça lui fait passer l’après- midi. Aujourd’hui, Colette a mal partout à cause d’une crise d’arthrose, elle met des patchs de morphine.

Le marchand de poisson est passé ce matin, il passe tous les jeudis matin dans le Sablar. Elle s’est pris 2 belles tranches d’ébonite et un peu de brandade.  

Avancer dans la vie



Marie-France - rue des Jonquilles

Marie-France est touche à tout. Avant, elle n’était pas du tout manuelle. Quand elle était malade, une amie lui a offert un livre avec des fleurs séchées et ce livre l’a inspiré. Elle s’est ensuite mise à la broderie, à la peinture, à la poterie, à la fabrication de carte. Maintenant qu’elle est à la retraite, les travaux manuels constituent son activité principale. C’est un passe temps qui lui apporte beaucoup de plaisir et lui donne l’impression d’avancer dans la vie, de ne pas stagner.
Marie-France a travaillé  dans le commerce, dans l’alimentation comme vendeuse. Son grand-père était voyageur de commerce et déjà toute jeune elle voulait faire comme lui, au grand désespoir de sa mère qui souhaitait qu’elle rentre dans l’administration comme fonctionnaire. A l’époque toutes les voisines de son âge rentraient à la Poste ou à la SNCF. A 14 ans, juste après le certificat d’étude, elle répond à une annonce dans le Sud-Ouest de chez Lembey à Saint-Paul qui cherchait une apprentie. Madame Lembey est venue à la maison dès le lendemain et m’a tout de suite embauchée ! J’ai dit à ma mère « Va m’acheter un tablier blanc, dans 8 jours je rentre chez Lembey ». Elle n’était pas contente. Marie-France faisait de sacrés horaires et était payé rien du tout ; juste de quoi s'acheter un solex en fin d’année mais elle ne s’est jamais plainte.
Elle est née au bord de l’Adour, juste de l’autre côté du chemin de fer, de l’autre côté du Sablar. Mais elle faisait quand même partie du quartier. Elle allait à l’école au Sablar, au catéchisme au Sablar.
Elle a mis 24 ans à obtenir une petite maison rue des Jonquilles. Elle a fait des pieds et des mains pour l’avoir. Elle y tenait vraiment car à cet endroit même son père avait à un jardin ouvrier dans lequel il cultivait des arômes que sa mère vendait le samedi sur le marché.
Marie-France est bien ici même si elle trouve que le quartier ne bouge pas assez. Elle se sent un peu en retrait par rapport à la ville et ne passe pas très souvent le pont pour aller de l’autre côté, dans le centre de Dax.


La porte ouverte



Simone  - Lespes

Simone Bégu habite dans la Tour A de Lespes depuis le 1er aout 1967. Elle me dit : « 50 ans, l’année prochaine, on boira le champagne ! Si je suis encore là… mais il faut pas trop le dire. »
Voilà près de 12 ans que Simone n’est pas sortie. Elle s’y est habituée. Quand elle sort, elle a l’impression que tout va lui tomber dessus. Elle a 92 ans et tous les gens de son âge sont morts. Dans sa tête elle n’a pas 92ans. Elle a tellement bataillé dans sa vie qu’elle a eu énormément de force. Elle a perdu son mari, ses frères, ses belles-sœurs, des neveux… coup sur coup, alors elle est en dépression. « Je suis clouée chez moi, on s’habitue à tout » me dit-elle. Elle a le balcon et son chat. Elle laisse toujours la porte ouverte.
Simone se sent très bien au Sablar et elle s’est longtemps occupée du Foyer, rue des Jonquilles, des enfants comme des personnes âgées. Elle était très dévouée. Elle a travaillé 40 ans aux Nouvelles galeries, rentrée comme vendeuse, sortie chef de rayon.
Son mari est mort à 59 ans, elle en avait 57. Elle a gardé son mari 30 ans et cela suffisait. Quand elle est tombée veuve, tout le monde est arrivé pour la soutenir, les religieuses, les curés, les amis et c’est là qu’elle a commencé à s’investir dans le foyer, à s’occuper des autres. De tout ça, il ne reste plus rien alors Simone se demande ce qu’elle fiche encore ici. Dieu l’a-t-il oublié ?
« Les gens ne restent pas sur terre, ce n’est qu’un passage. »


Le maire du Sablar



Coco Laffite - rue des tonneliers.

Coco Laffitte est né au Sablar il y a 81 ans. Il me reçoit dans sa maison rue des tonneliers. Dans son jardin il a planté un palmier qui est le plus grand et le plus beau du quartier. Il vit dans cette maison avec sa femme depuis 35 ans, avant ils étaient au lotissement Darricau, pas très loin d’ici. Ce lotissement avait été voulu par les anciens pour garder les jeunes et leur famille dans le quartier. Des lots avaient ainsi été achetés  par la Mairie à monsieur Darricau  pour construire des maisons. 
Coco est un grand amoureux du Sablar. A l’âge de 15 ans il est enrôlé au Comité des fêtes des tonneliers et de 1962 à 2014 il en sera l’illustre Président. A 80 ans il a passé la main.
En 1960 il devient Conseiller municipal à la Mairie de Dax  où il restera jusqu’à ses 60 ans. Longtemps, les gens l’ont surnommé le Maire du Sablar.
Tout ce passé glorieux est rempli de liens affectifs et amicaux très forts, de relations extraordinaires. Sa fidélité au quartier lui a procuré énormément de richesses sur le plan humain.
Coco évoque le passé riche et économique du Sablar avec passion : l’Adour, le port,  le chemin de halage avec les bœufs qui tiraient les gabares, les barriques sur les gabares,  la fonderie Lespes qui fabriquait des obus pour la guerre de 14,  l’usine de distillation de  gemme des Landes, les 4 grands marchants de vins, la fabrication des tonneaux, l’édification des digues, l’arrivée du chemin de fer…
Coco me montre un article de Sud-ouest dans lequel il déclare que la rive droite a fourni pendant 1500 ans la majeure partie des ressources de Dax.
Pour lui, le Sablar faisait vivre toute la ville et les bourgeois de Dax, tranquillement installés rive gauche,  derrière leur forteresse.      


Comme dans un musée



Vincent et Hélène – impasse des bateliers  

Vincent et Hélène sont locataires d’une petite maison au fond d’une impasse. Je suis tombée sur eux au détour d’une promenade. Ils buvaient le café devant leur porte. Vincent a refait entièrement la maison. Il adore bricoler. Il a trois diplômes, un CAP de charpentier, un diplôme du génie de l’armée et un BTS de maintenance. Lui et sa femme sont pensionnés car ils ont des problèmes de santé. Il arrive à travailler à droite à gauche chez des gens en chèques emploi service. Dans la maison il a refait toutes les  peintures, le plancher flottant, la cuisine équipée, le devant de porte et il a même goudronné la cour.
Vincent a la passion du mobilier contemporain,  art déco des années 50 et 60  et  des antiquités. Il a découvert ça sur les livres et maintenant il  est dedans. Il me montre la bonnetière dans le salon, un miroir ancien au mur de la cuisine, une lampe champignon dans un coin…
Il fait des affaires et n’aime pas payer comme tout le monde. Il négocie, fait les salles des ventes, se faufille partout  comme une petite souris, toujours dans la légalité. Il n’a pas envie d’avoir des histoires.
Quand les gens viennent ici, ils découvrent des objets  comme dans un musée. Vincent me confie que l’on peut voir ce genre de mobilier dans les films de Belmondo et d’Alain Delon.

Avec Hélène, ils se sont souvent serrés la ceinture et ont mangé des sandwichs pour pouvoir acheter des meubles. 

Loustalot



Michel – Place du Maréchal Joffre

Aujourd’hui j’ai rencontré Michel Loustalot. Au Sablar, c’est une figure ! Il a tenu  l’hôtel bar restaurant Loustalot sur la place Joffre durant presque 40 ans.  
Il y est né. Loustalot c’est une histoire de famille car c’est son grand-père qui l’a acheté en 1930, à l’époque c’était  un  estaminet, un petit café.
Loustalot ça vient du mot l’hospitalet  qui signifie petite maison, petit hôtel. Ils étaient prédestinés.
Son père a ensuite repris l’affaire en main jusqu’en 1973. A ce moment là, il a rappelé Michel pour qu’il vienne l’aider. Lui, il rêvait de partir faire le cuisinier en Australie, au Canada ou à l’Elysée. Il aimait vivre libre et sans contrainte. Il est quand même revenu au Sablar pour aider son père. Celui-ci est mort dans un accident de voiture quelques mois après. A 24 ans Michel est devenu  patron de l’établissement.
Il a été élevé par deux hommes :  son père et son grand-père. Il n’a pas connu sa mère qui est morte alors qu’il avait un an, sa grand-mère a suivi peu de temps après. Il a l’impression que petit il passait tout son temps au cimetière mais cela ne lui a jamais enlevé le sourire et la joie de vivre. Il a eu son compte de morts, cela lui a forgé le caractère me dit-il. Depuis le décès de sa femme, Michel relativise beaucoup de choses.
Loustalot a eu ses heures de gloire. Tous les dacquois y venaient, tous les clubs et équipes de sports de la ville s’y retrouvaient après les matchs. L’hôtel avait 95 % de taux de remplissage toute l’année mais les normes de sécurité et les règlements administratifs ont eu raison de lui.
Pendant les fêtes de Dax, Michel faisait venir un grand podium et une fête foraine. C’était une folie ! Près de 2000 personnes s’y pressaient chaque nuit. Au début le Maire de Dax n’était pas trop partant car il craignait que cela fasse de la concurrence aux fêtes officielles de la place Saint Pierre.

Michel occupe une maison juste à côté de Loustalot qui aujourd’hui est à l’abandon et lorsqu’il passe devant, il a de la peine de voir la grande bâtisse en train de se délabrer.  
Michel a une grave maladie mais il sourit et affirme encore, au détour de la conversation, qu’il aime la vie par dessus tout. Il  est entouré d’amis chers et  fidèles et partage maintenant son quotidien avec Chantal un amour de jeunesse qui semble l’avoir toujours attendu.

« J’ai été plus beau, plus jeune, plus fringant mais cela ne fait rien, que c’est agréable la vie, bordel ! »

Dans le bas Sablar



Jeanne – Impasse Laulanné

Ce matin,  j’ai rencontré Jeanne. Elle habite impasse Laulanné depuis 65 ans. « Ici, vous êtes dans le bas Sablar, rien à voir avec le reste du quartier» me dit-elle. Jeanne prenait le soleil matinal, assise sur un petit fauteuil pliant devant le pas de sa porte. Son tee-shirt rose vif était assorti aux fleurs dans le massif au dessus de la fenêtre de sa cuisine. Jeanne vit seule. Tous les gens qu’elle connaissait autour de chez elle sont morts.

Son mari André est à la maison de retraite et elle est soulagée. Il avait la maladie d’Elzeimer et elle s’en est occupée durant 15 ans. A la fin il sautait par la fenêtre dans son dos pour s’échapper. Elle n’en pouvait plus. Jeanne me dit qu’elle est heureuse avec quelques soucis d’argent. Une fois payé la maison de retraite il lui reste 300 euros pour vivre.  Son seul plaisir c’est d’aller tous les après-midis avec sa copine au Parc des Arènes, qu’il pleuve ou qu’il vente. Elle ne supporte pas d’être enfermée dans la maison. Que ferait-elle dedans ? Ruminer ? Jamais !